Quel avenir pour notre système de soins?

Lors de la séance du Jeudi 16 Juin 2016 à l'Assemblée nationale, Jean Leonetti a défendu la proposition de loi Les Républicains sur l'avenir du système de soins consistant à revenir sur les mesures les plus néfastes de la Loi de Marisole Touraine dite de Modernisation du système de santé.

"Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le rapporteur, mes chers collègues,
De toute évidence, nous ne sommes pas d’accord sur tout. Mais, si nous ne partageons pas exactement la stratégie thérapeutique, nous pouvons au moins partager le diagnostic.
Convenons tout d’abord que nos concitoyens sont conscients qu’ils bénéficient en France d’un haut niveau de qualité de soins. Cependant, nous savons tous également que les inégalités territoriales et sociales persistent, que notre système de santé est assez mal coordonné entre le public et le privé et que le parcours de soins est souvent opaque pour nos concitoyens et pour les patients. Enfin, le déficit de l’assurance maladie reste lourd.
Les professions de santé connaissent un profond malaise. D’abord, les médecins ont le sentiment de ne pas faire le métier pour lequel ils ont été formés. Ils constatent que 30 à 40 % de leur temps est du temps administratif qui ampute le temps médical.
Les pathologies ont évolué. On est passé de maladies aiguës que l’on traitait par un acte à des maladies chroniques qu’il faut suivre sur des périodes plus longues, grâce à l’évolution de la science et de la médecine, qui a permis de sauver des patients sans totalement les guérir toutefois. Il faut donc une nouvelle organisation des soins au plus près de la vie de nos concitoyens, et comment le faire autrement que par le médecin traitant, dont je rappelle à la gauche qu’il est aussi désigné par l’horrible épithète de « libéral » ?
Le Gouvernement a depuis longtemps fait le choix de la méfiance vis-à-vis de l’ensemble des professions de santé. Il a fait le choix d’alourdir les tâches administratives. Il fait le choix du contrôle technocratique par les ARS. Il a fait le choix de la mauvaise loi.
C’est pour ces raisons que nous avons déposé cette proposition de loi.
Une nouvelle donne en santé est nécessaire. Il ne s’agit pas de faire la énième réforme de la santé, il ne s’agit pas non plus d’élaguer les propositions auxquelles non nous sommes opposées lorsque vous avez défendu votre loi : il s’agit de tirer des conclusions et de tracer des grands axes.
D’abord, peut-être pouvons-nous faire de la médecine le moteur d’une nouvelle croissance, d’une nouvelle forme d’innovation, d’une nouvelle façon de traiter et d’accompagner les patients. Vous avez choisi d’essayer de le faire contre les professionnels de santé alors que, de toute évidence, rien ne se fera contre et rien ne se fera sans l’ensemble des professions de santé. C’est pourquoi nous sommes opposés au caractère contraignant de la mise en œuvre du tiers payant, méthode qui alourdit les tâches administratives et qui traduit une forme de méfiance à l’égard du corps médicale, lequel sait faire la part des choses devant le social.
En même temps, vous n’avez jamais mis en place les outils d’une véritable politique de prévention et de santé publique, en incluant par exemple les politiques environnementales.
Il faut partir du service de proximité du médecin traitant, du médecin libéral, qui doit être mieux reconnu, mieux formé, et dont le travail doit être revalorisé. Et qu’on n’aille pas l’accuser de l’existence de déserts médicaux ! Nous sommes pour la liberté d’installation, et les déserts médicaux sont déjà des déserts tout court, des territoires oubliés de la République dans lesquels il n’y a plus aucune activité.
Comment pourrait-on imposer à des médecins de s’installer là où il n’y a plus personne ?
Le système hospitalier doit poursuivre __ à condition que cela soit sur la base d’un véritable projet médical et non d’une contrainte des ARS __ la stratégie de groupe. Cette stratégie, vous vous l’attribuez aujourd’hui, madame la ministre, et vous feignez de vous étonner que nous l’approuvions tout en nous opposant à la loi santé.
Est-ce à dire que la stratégie de groupe ne figurait pas dans la loi HPST __ loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires ? Rappelez-vous les propos que vous teniez alors sur les bancs du groupe socialiste : vous n’en vouliez à aucun prix ! Malheureusement, par dogmatisme, par amateurisme ou par incompétence, vous avez choisi d’exclure des pans entiers du secteur privé. Comment, par exemple, mener une politique régionale de lutte contre le cancer en excluant le système privé constitué par les centres anticancéreux ?
Il faut inclure le secteur privé dans les missions de service public, à condition, bien sûr, que l’on exige de lui les mêmes contraintes que celles du service public hospitalier. C’est dans ce cadre que l’on pourra obtenir une meilleure coordination et non une concurrence stérile.
La France devrait également être à la pointe de l’innovation et se saisir de la chance que lui offre son savoir-faire de numérique et d’e-santé sous toutes ses formes.
Le financement et l’activité de l’hôpital doivent être assouplis. Oui, nous voulons plus de liberté. Nous voulons par exemple que les médecins hospitaliers en début de carrière soient mieux rémunérés. Et, puisque nous sommes favorables à une tarification à l’activité non pas dogmatique, mais qui reflète vraiment l’activité de l’hôpital, pourquoi ne pas intéresser les médecins à cette activité dont ils sont les principaux promoteurs ?
Pourquoi des médecins se voient-ils proposer, après un ou deux ans d’exercice, des rémunérations deux fois supérieures à celles du public, et avec des contraintes moindres ?
Oui, c’est défendre l’hôpital public que de dire qu’il faut revaloriser la rémunération des médecins en début de carrière ! Oui, c’est défendre l’hôpital public que de dire qu’il doit être coordonné avec le secteur privé moyennant des contraintes égales ! Oui, c’est défendre l’hôpital public que de lui donner plus de souplesse et de liberté vis-à-vis de contraintes administrative dont la charge, sous la pression des ARS, est particulièrement importante dans la période actuelle !
Plus encore que des mesures, il s’agit d’un état d’esprit. Si vous n’avez pas voulu ou pas su réaliser la véritable modernisation du système de santé, c’est parce que vous pensez qu’il faut réformer dans la contrainte. Nous pensons, nous, qu’il faut moderniser dans la confiance. C’est là que se situe la vraie différence. Nous faisons confiance au système de santé et nous voulons lui donner plus de liberté et plus d’efficacité, alors vous pensez, vous, la voie de l’efficacité et toujours celle de la contrainte. C’est la raison pour laquelle nous soutiendrons la proposition de loi de Jean-Pierre Door."

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