Pour une société moderne et humaniste

Pour une société moderne et humaniste

Tout projet politique est porteur d’une certaine vision de la société, de valeurs auxquelles il se réfère et de perspectives qu’il se propose d’offrir à ses concitoyens.

On pourrait penser qu’en France les valeurs de référence sont contenues dans la devise de Liberté Egalité et Fraternité et qu’il s’agit plus d’en définir les priorités que d’en contester le contenu. Ce référentiel consensuel est en fait un héritage complexe. On pourrait affirmer, en simplifiant leurs messages, que l’antiquité grecque nous a légué la démocratie et donc d’égalité, la chrétienté, l’amour du prochain et donc la fraternité et le Siècle des Lumières, la liberté.

A partir de ces valeurs transmises, nous avons en France et en Europe, construit « une certaine idée de l’homme et de sa dignité» que l’on pourrait définir comme un « humanisme ». Le mot peut paraitre désuet, il nait en Europe avec les pensées philosophiques d’Erasme, Descartes, Spinoza ou Kant, pour ne citer que les plus célèbres. A partir de ce courant de pensées, les savoirs diffusent grâce à l’imprimerie, les expressions artistiques et les découvertes scientifiques bouleversent les rapports humains, le commerce se mondialise, l’obscurantisme religieux recule, le pouvoir despotique et les privilèges sont remis en cause. La Renaissance prépare la Révolution et la République.

Notre époque, sortie d’un siècle de conflits et d’horreurs qui ont nié cet héritage, n’est pas sans similitude avec cette période passionnante de notre histoire. Nous sommes plus que jamais confrontés au divorce grandissant entre les progrès techniques et une conscience humaine impuissante à en limiter les effets dévastateurs. Dire que le monde change est une évidente banalité. Le nôtre cependant accélère ces changements rendant plus difficile encore leur maîtrise. La révolution numérique impose le « village planétaire » les découvertes scientifiques peuvent remettre en cause la notion de « dignité humaine », les délocalisations décidées à des milliers de kilomètres de la production déstabilisent le monde du travail, les ressources naturelles s’épuisent, les inégalités se creusent, les flux migratoires s’accélèrent, le fanatisme religieux terrorise la planète.

Face à ces bouleversements, trois attitudes sont possibles.

On peut être tenté de céder au « déclinisme » en se référant avec nostalgie à un passé récent idéalisé mais le temps ne se remonte pas. En revanche, la recherche de nos racines est légitime à condition de ne pas se référer aux racines chrétiennes sans la charité, qui en est le message essentiel, aux racines grecques sans l’harmonie qui s’oppose au chaos et à l’orgueil démesuré des hommes ou au Siècle des Lumières sans la liberté, la tolérance et la raison qui en sont les valeurs de référence.

On peut aussi faire le choix de la fatalité, en tentant, tant bien que mal, de s’adapter aux bouleversements subis, à défaut de pouvoir les freiner ou les maitriser. Mais l’humanisme moderne n’est pas la contemplation passive de notre impuissance. Elle ne peut se limiter à l’indignation sélective et culpabilisante ou se réfugier dans le confort d’un « camp du bien » donneur de leçons morales jamais appliquées.

On peut enfin espérer que la prise de conscience des défis de notre temps nous incite à proposer un humanisme moderne qui repose sur notre identité culturelle et sur des valeurs qui ont permis l’intégration d’hommes et de femmes d’où qu’ils viennent. Il constitue un véritable projet de civilisation. Cet humanisme est une espérance, une confiance dans l’homme et dans le progrès qui doit faciliter l’émergence d’un monde nouveau, ferme sur ses valeurs et ouvert au monde. L’Europe qui en est à l’origine doit en être le creuset.

Cet humanisme est un combat car il ne s’accommode ni du fanatisme religieux ni du totalitarisme et doit les combattre « sans pitié et sans haine » comme nous y invitait Camus pour préserver l’Etat de droit, la démocratie et les libertés fondamentales.

Cet humanisme est un pragmatisme intransigeant au service d’un idéal humain qui, sans naïveté, impose ses limites et ses règles comme la laïcité pour lutter efficacement contre tous ceux qui pourraient l’affaiblir.

Ce projet a donc besoin de force et de justice car, comme le disait Pascal « La force sans la justice c’est la tyrannie, mais la justice sans la force c’est l’impuissance ». Cette époque n’a pas à choisir entre l’autorité et l’humanité, elle a besoin de plus d’autorité et de plus d’humanité. La France est une nation porteuse d’un message universel et l’Europe est un modèle original d’organisation démocratique, nous ne devons jamais renoncer à ces valeurs. Parler de valeur de projet d’avenir ne serait pas électoralement efficace. Je crois au contraire que nos concitoyens sont en quête de sens. Ils n’accepteront plus, à l’avenir, qu’un projet politique se résume à l’empilement de mesures technocratiques sensées répondre à court terme à des exigences économiques ou financières. Ils ne supporteront pas non plus qu’au nom de la tolérance, on accepte l’intolérable remise en cause de leur mode de vie. Ils attendent qu’on leur propose un projet de société respectueux de notre histoire et porteur d’espérance pour nos enfants. Ils ont besoin de cette fierté de participer à un destin commun. A nous, les Républicains, de répondre à cette attente et de mener ce combat.

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