Mission fin de vie : Rien n'est encore acté!

Les derniers ajustements sont souvent les plus délicats. Alors que les députés Alain Claeys (PS, Vienne) et Jean Leonetti (UMP, Alpes-Maritimes) doivent remettre au premier ministre, Manuel Valls, leurs propositions communes pour faire évoluer l’actuelle loi sur la fin de vie dans moins de deux semaines, la sortie du premier dans Libération, jeudi 27 novembre, a valu une sérieuse mise au point entre les deux responsables de la mission parlementaire.

« Rien n’est acté, on est encore dans une phase de rédaction », fait valoir l’entourage du maire d’Antibes, où l’on déplore ce « coup de pression ». « Les grands principes sont là, l’économie générale du texte ne va plus bouger », rétorque-t-on chez M. Claeys, où l’on veut dédramatiser l’épisode.

 Dans l’entretien, titré « Pour la première fois, nous parlons d’une aide à mourir », M. Claeys assure avoir trouvé un « chemin commun » avec son homologue UMP. Il détaille même les positions auxquelles les deux parlementaires seraient parvenus après avoir auditionné, ensemble, depuis juin, plus d’une quarantaine de personnalités qualifiées.

Le député PS révèle ainsi – sans grande surprise – qu’ils proposeront que les directives anticipées sur la fin de vie soient rendues contraignantes. Sans détailler tout l’éventail de leurs propositions, notamment sur les soins palliatifs, il annonce également que la« sédation profonde et terminale jusqu’au décès » devrait, selon eux, être rendue possible sous certaines conditions (maladie incurable, pronostic vital engagé à court terme, souhait du patient de mourir).

D’ailleurs, assure-t-il, « avec ce dispositif, nous avons le sentiment de régler la quasi-totalité des cas, comme celui de Vincent Lambert », ce patient tétraplégique en état végétatif dont le sort divise la famille.

« Autre logique »

Mais, en qualifiant cette sédation d’« aide à mourir », M. Claeys franchit ce qui constitue une ligne jaune sémantique pour M. Leonetti. Lorsque, avant d’être missionné par l’exécutif, le député UMP avait déposé en avril un texte visant à améliorer la loi qui porte son nom, il évoquait la possibilité d’une « sédation en phase terminale »dans le but de « dormir avant de mourir ». Pour lui, une sédation doit d’abord abréger les souffrances, la mort n’étant qu’un effet secondaire.

« Dormir avant de mourir » pour l’un,« sédation forte dans le but d’aider à mourir » pour l’autre… A cette phase ultime de la rédaction de ce qui pourrait être une proposition de loi, chaque mot et chaque virgule comptent. Il y a deux ans, en décembre 2012, la commission présidée par Didier Sicard avait jugé qu’autoriser cette sédation, en accélérant le décès en toute fin de vie, revenait à autoriser un geste létal.

Chez les partisans de l’euthanasie, peu importe que les propositions dévoilées jeudi matin soient ou non celles qui seront finalement annoncées le 10 décembre. « Tout cela va accoucher d’une souris », assure Jean-Luc Romero, le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Auditionné par les deux parlementaires, il assure vouloir d’« une autre logique, pas d’une loi Leonetti bis ».

Jeudi, c’est Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, qui a assuré qu’il fallait « aller plus loin que la loi » Leonetti sur la fin de vie« dans les cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager des patients, victimes d’une douleur insupportable et irréversible », y compris en légalisant le suicide assisté et l’euthanasie.

François Hollande avait fait de la mise en place d’« une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité »une promesse de campagne. Une fois à l’Elysée, après avoir d’abord donné le sentiment de vouloir légiférer rapidement, il avait temporisé en repoussant à plusieurs reprises la date d’examen d’un texte de loi. D’abord annoncé pour juin 2013, le futur texte – qu’il soit porté par les parlementaires ou par le gouvernement – est pour l’instant prévu pour mars 2015.

Source : le Monde – 28/11/2014 – François Béguin

  • Partager ce billet