La santé mérite une réforme en profondeur

Le sujet de la Santé est au cœur des préoccupations des Français mais reste cependant souvent absent du débat politique. Un consensus semble s’être établi sur notre système de santé, et le débat se limite à la façon d’obtenir l’équilibre financier. Les politiques de santé sont cependant soumises à une « nouvelle donne » dans le domaine démographique, scientifique et sociétal qui nous oblige à remettre en cause le statu quo.

Sur le plan démographique, la population de plus en plus âgée est atteinte de maladies chroniques qui nécessitent plus un « suivi » médical qu’une réponse ponctuelle à des pathologies aiguës.

De nouvelles découvertes scientifiques ouvrent plus largement encore le champ des possibilités thérapeutiques et augmentent les coûts des prises en charge. La révolution numérique bouscule les pratiques traditionnelles.

Enfin se pose légitimement la question des frontières du possible et du souhaitable en terme éthique ou financier alors que le patient mieux informé désire être acteur de sa propre santé.

Le système Français ne doit renoncer ni à la qualité du soin, ni à la solidarité, et sortir de la logique purement comptable dans laquelle il est enfermé dans la période de crise que nous traversons.

L’inquiétude grandit : les patients craignent ne plus avoir accès aux soins de qualité et les soignants se plaignent des contraintes administratives qui pèsent de plus en plus  sur l’exercice de leurs professions.

Le système est à bout de souffle. Il n’a pas besoin de mesures nouvelles mais d’une réforme profonde. Plutôt que d’ajouter des contraintes aux contraintes pour dépenser moins il est nécessaire d’imaginer des solutions innovantes pour dépenser mieux.

La lutte contre la fraude et les actes inutiles pourraient à elles seules supprimer le déficit de l’assurance maladie. Encore faudra-t-il avoir le courage de privilégier les critères qualitatifs aux critères quantitatifs, revaloriser l’acte intellectuel par rapport à l’acte technique.

Les cloisonnements persistent entre le public et le privé, entre l’hôpital et la médecine libérale. L’hospitalisation publique est contrainte de s’occuper de tout partout et tout le temps en plus de ses missions d’enseignement et de recherche. Notre système de prise en charge doit être complémentaire et non concurrentiel pour être plus efficient. Il est temps de réformer les études médicales et leurs modes de sélection, et donner au médecin traitant plus de reconnaissance et de responsabilité.

Enfin, l’innovation ne doit pas se limiter aux découvertes scientifiques. Les nouveaux modes d’exercice en groupe, la e-santé et la télémédecine doivent entrer dans la pratique courante et être reconnues. Les métiers de santé doivent évoluer vers des responsabilités nouvelles et les modes de rémunération doivent se diversifier pour éviter que les politiques de santé publique restent les parents pauvres d’une médecine qui toujours privilégie le curatif au dépend du préventif.

Ces réformes nécessiteront un changement culturel profond de nos pratiques médicales. Elles nécessitent dialogue et pédagogie mais aussi volontarisme. Elles sont cependant indispensables pour préserver un modèle qui concilie le progrès scientifique pour tous et la solidarité envers les plus vulnérables.

  • Partager ce billet