Interview Figaro : La place du centre droit est historiquement au sein de notre famille politique

INTERVIEW - Pour le premier vice-président des Républicains, «l'humanisme est une référence pour la droite républicaine».

Le premier vice-président des Républicains réactivera, courant octobre, l'association République et humanisme. Il juge indispensable d'appuyer le projet politique du parti présidé par Laurent Wauquiez sur des «valeurs humanistes».

LE FIGARO. - Pourquoi souhaitez-vous réactiver l'association République et humanisme sept ans après son lancement au sein de l'UMP?

Jean LEONETTI. - L'humanisme est une référence pour la droite républicaine. Dès l'origine de l'UMP, nous avions jugé nécessaire de mener une réflexion sur nos racines et nos valeurs. Il nous paraît indispensable, aujourd'hui, de faire renaître cette réflexion. Les Républicains disposent d'un conseil des sensibilités voulu par Laurent Wauquiez. Nous proposons qu'il se penche une nouvelle fois sur le sujet du socle de nos valeurs pour porter un projet politique dans une époque marquée par une quête de sens.

Quels éléments motivent votre décision?

L'humanisme, né au cœur de l'Europe, a été un ferment très profond de notre construction politique. La démocratie et l'égalité nous viennent de la sagesse grecque, la fraternité est issue de la chrétienté et le siècle des Lumières nous a légué la liberté de pensée. Au moment où l'Europe est menacée de dislocation, il est légitime de retrouver ce ciment humaniste. Les Républicains doivent construire leur projet sur deux piliers: l'autorité et l'humanité. L'humanisme moderne est la réponse aux besoins du monde actuel. Les inégalités se creusent, l'autorité est contestée, les flux migratoires s'accélèrent, le terrorisme menace la planète. Il y a un combat essentiel à mener.

Un combat contre qui, contre quoi?

Pour la dignité humaine et contre tout ce qui peut fragiliser notre démocratie, comme le fanatisme religieux. La loi du plus fort s'applique sur notre territoire: les classes moyennes subissent de plein fouet l'augmentation des prélèvements, et les plus fragiles dans les banlieues subissent la loi des voyous. Il existe aussi une inquiétude européenne et nationale face aux flux migratoires. Entre un laxisme prônant l'accueil de toute la misère du monde au risque d'être complice des passeurs, et un renoncement à nos droits fondamentaux comme le droit d'asile, il y a un chemin européen conciliant ouverture au monde et fermeté.

Comment articuler un tel projet face aux actuelles questions sur la bioéthique ?

La révolution numérique, technique et scientifique est un moteur de progrès. Plus que jamais, l'homme doit s'interroger face à ces révolutions en matière de santé. Il constate que tout ce qui est techniquement et scientifiquement possible, n'est pas toujours humainement souhaitable. C'est pour cela qu'existent les lois de bioéthique. Nous devons favoriser les progrès au profit de l'homme, pas à son détriment. Intelligence artificielle, diffusion du génome, aide à la procréation… ces avancées peuvent remettre en question la dignité humaine. Le combat à mener est celui de la mesure, de l'idéal humain et de la protection des plus vulnérables.

Les politiques ne sont-ils pas dépassés par ces évolutions?

Après la guerre, Camus disait déjà que le monde allait plus vite que la pensée. Le monde a toujours évolué, mais les changements se sont accélérés. Soit on juge cette situation inéluctable et nous la subissons, soit nous croyons que les progrès humains doivent être à la hauteur des progrès techniques et nous décidons de les maîtriser. Cela impose une intransigeance à l'égard de tout ce qui peut altérer l'humain. Le politique ne doit ni freiner ni subir ces évolutions. Il doit favoriser le progrès et l'apprivoiser.

Vous incarnez le centre droit au sein des Républicains. Comment voyez-vous les autres initiatives sur ce créneau?

La place du centre droit est historiquement au sein de notre famille politique. L'UMP résulte de la fusion de l'UDF et du RPR. L'humanisme moderne n'est pas une contemplation passive de notre impuissance. Elle ne peut se limiter à l'indignation culpabilisante et se réfugier dans le confort d'un «camp du bien». L'humanisme et la modernité touchent toutes les sensibilités. Lorsque de Gaulle institue la Sécurité sociale et restaure l'État de droit, il fait preuve d'autorité et d'humanité. Protéger les plus faibles dans les territoires défavorisés passe surtout par un retour de l'autorité. La droite française a toujours été une droite sociale. Je suis aux côtés de Laurent Wauquiez qui ne renie pas la ligne politique sur laquelle il a été élu, mais a souhaité l'ouvrir à la diversité de nos sensibilités.

Prendre la tête de liste LR aux européennes vous tente-t-il?

Ce n'est pas un sujet d'actualité. Pour moi, la priorité, c'est le projet et le rassemblement autour du projet.

Source: Le Figaro / 01/10/2018 Par Emmanuel Galiero

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