Fin de vie : l'euthanasie n'est pas la solution. Il faut nous former à la loi Leonetti

Le débat sur la fin de vie va bientôt être relancé en France. Alain Claeys et Jean Leonetti, chargés par François Hollande de proposer des pistes pour améliorer la loi actuelle, s'apprêtent à rendre leur rapport. Qu'en pensent les futurs médecins ? Jean Fontant, jeune interne, a créé l'association Soigner dans la dignité. Voici ses propositions.

La science et la médecine progressent, mais l’homme reste le même. Nous en savons quelque chose, nous, étudiants en médecine qui passons dix longues années sur les bancs de la faculté et dans les couloirs des hôpitaux. Les pathologies se soignent de mieux en mieux, la douleur peut être prise en charge dans toutes les circonstances, mais l’homme n’est pas éternel, et la fin de vie pose problème aujourd’hui en France.

Regroupés au sein de l’association Soigner dans la dignité, nous sommes plus de 500 externes et internes des facultés de la France entière, qui voulons promouvoir une réflexion sur les problématiques de la fin de vie.

Une fin de vie dévalorisée, honteuse, cachée

Nous avons été sollicités par Jean Leonetti et Alain Claeys, députés chargés par le Premier ministre d’une mission parlementaire sur ce sujet. Les membres de notre association ont pu participer à cette contribution dans le cadre d’un grand sondage. Nous avons posé le constat des déficiences de notre système de prise en charge de la fin de vie, avant de proposer nos idées d’amélioration, axées notamment sur la réforme des études de médecine.

Le constat que font aujourd’hui les étudiants de Soigner dans la dignité est celui d’une fin de vie dévalorisée, honteuse, cachée, certains allant jusqu’à parler d’une "euthanasie sociale". Dans une société qui exalte la jeunesse et la vitalité, les personnes âgées ou malades ne trouvent plus leur place.

Les progrès rapides de la médecine ont entraîné une focalisation excessive sur les aspects techniques, au détriment de l’accompagnement humain. De même, le cursus des études de médecine laisse trop peu de place à l’apprentissage de la démarche palliative, et à l’accompagnement des personnes en souffrance.

Il faut mieux nous former aux soins palliatifs

Nous proposons donc des solutions pour une meilleure prise en charge de la fin de vie. Les propositions que nous avons faites à la mission parlementaire sur la fin de vie se déclinent dans trois domaines : réforme des études de médecine, renforcement de la démarche palliative, engagement pour une transparence du débat public.

La formation médicale doit être rénovée pour accorder une plus grande place à l’accompagnement des personnes en fin de vie. Sur le plan théorique, nous demandons un cursus plus développé et organisé en quatre axes : médical, juridique, pratique, éthique.

Sur le plan pratique, nous voulons que tous les jeunes médecins formés par nos institutions aient été confrontés à la fin de vie de manière approfondie, et que tous aient passé au moins une semaine dans une unité de soins palliatifs.

Nous sommes convaincus que la solution aux problématiques actuelles ne se trouve ni dans l’acharnement thérapeutique, ni dans l’euthanasie, mais bien dans les soins palliatifs. Il faut les développer considérablement, car 80% des personnes qui devraient y avoir accès en sont privées.

Nous préconisons également un approfondissement de la formation continue des personnels de santé dans ce domaine.

Pour une meilleure connaissance de la loi actuelle

Nous voulons enfin nous engager pour que le législateur ne prenne pas une décision grave dans ce domaine si important sans qu’un vrai débat public ait eu lieu. Loin des clivages idéologiques stériles, nous voulons promouvoir une meilleur connaissance de la loi actuelle, dont la sagesse et l’équilibre ont été reconnues par de nombreux autres États. Nous militons contre les nombreuses confusions entretenues sur le vocabulaire de la fin de vie, qui faussent le débat et l’appauvrissent.

Nous qui sommes les médecins de demain, voulons faire part de notre inquiétude face à l’ampleur des problèmes affectant aujourd’hui la fin de vie, mais aussi face à la volonté qu’affichent certains de forcer notre société sur la voie de décisions graves et irréversibles.

Nous voulons toutefois relayer l’espoir qui anime de nombreux étudiants des facultés de médecine, celui que les Français sauront maintenir un cadre leur permettant de devenir des soignants respectueux de la dignité des patients en souffrance, cette richesse que rien ni personne ne peut leur enlever.

Source : l’Obs Le plus –29/11/2014-  Jean Fontant  Édité et parrainé par Rozenn Le Carboulec

https://www.soignerdansladignite.com/presentation.php

 

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