Entretien dans le Midi Libre: comment le maire d’Antibes a fait baisser le prix de l’eau ?

Alors que les politiques biterrois s'écharpent sur la question du prix de l'eau, Jean Leonetti, le maire d'Antibes, a obtenu une baisse de 43 % en moyenne. Un véritable record. Entretien. 

(…) En 2012, Antibes a réussi le tour de force de faire baisser le prix de l'eau de 43 % en moyenne, un record. Le maire de la commune, qui a gardé la compétence de l'eau, explique la stratégie qu'il a adoptée.

Comment avez-vous fait pour faire plier Veolia et réaliser une telle baisse du prix de l'eau ?

Avant la fin de contrat, pour faire baisser le prix de l'eau, il faut soit dénoncer le contrat, soit renégocier. Pour nous, le risque juridique à dénoncer le contrat était démesuré à la vue des indemnités qu'on aurait dû payer alors que l'échéance était proche. Nous avons donc choisi de négocier une baisse du prix de l'eau à l'échéance mais en la préparant bien en amont. Car vouloir négocier rapidement avec le délégataire avant la fin de contrat, c'est se mettre en position de faiblesse : s'il ne veut pas baisser le prix, il ne le baissera pas puisqu'il est protégé par un contrat.

Le délégataire peut aussi accepter de baisser le prix, ce qui semble être le cas à Béziers.

Oui mais on peut alors se mettre dans une situation d'entorse aux règles de concurrence. On peut le faire mais ça met le délégataire dans une position de force vis-à-vis de la concurrence pour l'avenir.

C'est la position que défend la présidence de l'Agglo de Béziers. On se demande pourtant pourquoi le délégataire serait en position de force si les politiques font passer un message clair de totale concurrence à la fin du contrat ?

Parce que le délégataire aura noué avec la ville, en toute fin de contrat, une relation de confiance. Il sera psychologiquement dans une position favorable aux concurrents. Mais de toute façon, ne croyons pas qu'il y ait beaucoup de concurrents dans ce domaine. Quand il y a Veolia sur un territoire, il n'y a pas la Lyonnaise et s'il y a la Lyonnaise, il n'y a pas Veolia. Le seul vrai concurrent, c'est la régie publique.

Pour faire baisser le prix de l'eau, vous avez donc attendu la fin du contrat et menacé de passer en régie ?

La seule façon de faire est de dire :

"combien coûte la régie ?" Pour cela, l'important est d'avoir un bureau d'étude extérieur et de demander aussi aux services administratifs en interne d'établir un diagnostic précis. Une fois que les conclusions sont tombées, on connaît le juste prix de l'eau. On peut alors demander au délégataire, même s'il n'y a pas de concurrents, de faire moins cher. Ces études permettent de rentrer dans la négociation en connaissant toutes les données.

Ce n'est pas parce qu'on a une seule société présente qu'on doit se faire imposer un prix.

La menace d'un passage en régie était-elle réelle ou seulement stratégique pour peser dans la négociation ?

Elle était parfaitement réelle. Nous avions même commencé à penser à l'organigramme, à réfléchir qui pourrait diriger la régie. Curieusement, c'est quand on a commencé à faire ces études que Veolia est devenu un interlocuteur plus attentif à nos problématiques. Nous l'avons fait étudier de façon très sérieuse.

De toute façon, il ne faut jamais faire de menaces qu'on ne peut pas exécuter, c'est une règle de vie.

On se dit quand même que le délégataire en place est de toute façon en position de force vis-à-vis de la concurrence et même de la régie. Il connaît le réseau, tous ses services sont déjà opérationnels, il n'a pas besoin d'investir comme devraient le faire une régie ou ses concurrents ?

Oui, mais c'est pour ça qu'avoir un bureau d'étude extérieur qui donne un état des lieux précis est indispensable. Il peut par exemple donner le taux de renouvellement des tuyaux, leur dimension nécessaire. Cela évite d'avoir un délégataire qui dit qu'il faut tout changer alors que ce n'est pas le cas. Et évidemment le prix de l'eau en dépend. L'étude extérieure permet d'avoir une vision objective des coûts de la future délégation de service public. Car il est certain que le délégataire a l'ancienneté, l'expérience et puis ce sont des négociations dures avec de très grands groupes. Et quand vous mettez en face un maire qui dit :

"Je veux baisser le prix de l'eau", ils peuvent mettre un indice d'augmentation sur les années futures et vous vous retrouvez au bout de cinq ans avec un prix plus élevé qu'au départ de la négociation.

En résumé, quel a été votre secret ?

Il faut une étude technique et financière du réseau puis une simulation en régie. Ensuite, on peut aller négocier. L'étude est indispensable pour cela. Elle permet de rentrer dans la négociation en position de force en sachant précisément les investissements nécessaires pour les 15 ans à venir et en même temps le possible passage en régie permet d'être en position de force dans la négociation.

Il faut être prudent et efficace car l'eau c'est le seul endroit où le politique local peut faire quelque chose. Je ne peux rien faire sur le pétrole, le fioul, le chauffage, l'électricité. Mais il faut aussi ne pas regarder que le prix et être sûr de la qualité du service.

Source: Midi Libre - Arnaud Gauthier - 09/12/2014

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