Discours de Jean Leonetti - Conseil National Les Républicains - 27/01/2018

Monsieur le Président, Cher Laurent,

Monsieur le Présidents du Sénat, Cher Gérard

Messieurs les Présidents des groupes de l’Assemblée Nationale, Cher Christian,

et du Sénat, Cher Bruno,

Messieurs les parlementaires et élus,

Chers Amis,

 

Mes propos commencent évidemment par des remerciements à Laurent WAUQUIEZ de m’avoir sans que je le sollicite, proposé de présider notre Conseil National.

J’accepte cette mission avec enthousiasme pour de multiples raisons.

D’abord, parce qu’elle est synonyme de diversité.

Chacun le sait, je viens de l’UDF et je suis membre fondateur de l’UMP puis des Républicains. Je continue de penser que nous avons plus de choses qui nous rassemblent que de sujets qui nous divisent. Je me souviens de cette période déjà ancienne où Députés de l’opposition nous posions des questions au gouvernement socialiste au nom du RPR et de l’UDF sur les mêmes sujets avec les mêmes mots et les mêmes convictions.

Je crois à la diversité du mouvement qui est un gage d’unité.

Mes combats ont été et seront toujours les vôtres. Nous sommes une famille politique. Dans une famille on n’est pas toujours d’accord sur tout mais on reste ensemble. On ne se refait pas. Moi j’ai l’esprit de famille.

Je n’oublie pas que lorsque nous avons débattu sur les sujets sensibles de la bioéthique et de la fin de vie, nous avons eu des échanges passionnés mais jamais nous n’avons renoncé à nos valeurs. Si nous avons obtenu un large consensus, c’est par le débat de convictions et des valeurs et non pas la compromission.

La diversité des idées n’exclut pas la loyauté, elle en est même un ferment. La loyauté, ce n’est pas la fidélité du chien à la laisse courte qui obéit au Maître ou au gourou, la loyauté c’est défendre son point de vue, argumenter, essayer de convaincre et à la fin accepter la règle de la majorité.

On m’a posé souvent la question (plus maintenant) : Pourquoi vous le « Centriste » n’êtes-vous pas « en marche » ? La réponse est simple parce que chez ces gens-là Monsieur on ne débat pas on obéit.

Mon cher Laurent, malgré l’amitié profonde que je te porte, je ne me réveille pas le matin en disant que pense le Chef ? Mais je me dis comment ensemble à tes côtés nous pouvons reconstruire un projet pour notre pays ?

Et s’il fallait un argument de plus pour justifier le fait que je ne suis pas « en marche », j’ajouterai qu’un centriste et un humaniste ne peut se satisfaire d’un Gouvernement qui prend l’argent des plus modestes pour alléger l’impôt des plus fortunés. D’un Président qui pense que certaines personnes ne sont « rien » et que la France n’a pas une culture propre.

La deuxième raison qui me motive c’est le danger que ferai courir à mon pays, pour moi, le projet du Front National.

Le FN est dangereux parce que je connais l’histoire de l’extrême droite en France

Dangereux parce que son projet économique de sortie de l’Euro serait la ruine de la France et des Français, des épargnants comme des salariés.

Je pense que Laurent WAUQUIEZ est le meilleur rempart contre les extrêmes car les extrêmes se nourrissent du mépris et de l’arrogance des dirigeants vis à vis des inquiétudes et des misères du peuple. Les extrêmes se nourrissent des paroles moralisatrices et impuissantes.

Osons donc ne pas accepter le Parti unique et la pensée unique et construisons une alternative démocratique du pouvoir en place.

Osons nous opposer à un gouvernement qui n’applique pas un programme qui est le nôtre, osons être la voix dissonante dans le concert de louanges et de ralliements opportunistes. Osons ne pas ressentir une admiration sans borne envers Emmanuel MACRON.

Osons enfin de ne pas avoir à nous justifier de ne pas être en marche vis-à-vis de ceux qui ont déserté notre camp. C’est eux qui devraient se justifier.

La troisième raison : PROJET

Nous devons reconstruire la maison.

Nous avons les fondations, c’est le socle de nos valeurs.

Comment reconstruire le projet ?

D’abord en acceptant d’être lucide et modeste sur la situation de notre mouvement.

Nous sortons de 2 élections majeures perdues et pourtant promises. Nous avons perdu une élection présidentielle imperdable.

On peut trouver les raisons de ce terrible échec dans l’affrontement stérile des primaires, dans la trahison des uns ou les calomnies des autres. Cela n’est pas faux mais nous devons aussi savoir reconnaitre que nous avons perdu la confiance d’une partie de nos concitoyens parce que nous les avons déçus et parce que nous manquions d’idées nouvelles.

Nous les avons déçus parce que lorsque nous étions au pouvoir, nous n’avons pas toujours fait « après » ce que nous avions dit « avant ».

Nietzsche a dit une phrase terrible et vraie sur le mensonge : « ce qui me bouleverse, ce n’est pas que tu m’ais menti, mais que désormais je ne pourrais plus te croire. »

Je note au passage qu’en matière de reniement, nous venons de vivre avec le Président MACRON sur le sujet de Notre-Dame des Landes un cas d’école.

Nous avons aussi, par la recherche de consensus impossible, évité les sujets qui fâchent nos amis, les journalistes, et même nos adversaires.

Je vous dis ici ma conviction, le projet nouveau ne doit rien renier de nos valeurs mais doit être profondément repensé et donc débattu entre nous.

Ce débat d’idées c’est ici qu’il doit se tenir dans notre Conseil National. Vous en êtes les porteurs et les acteurs, vous en serez les ambassadeurs et les défenseurs

Nous ne penserons pas tous la même chose sur tous les sujets et c’est tant mieux. Des idées qui dérangent doivent apparaître, des propositions innovantes doivent répondre à un monde nouveau. Les jeunes générations doivent en prendre la plus grande part, la génération qui les précède doit les accompagner.

Nous devons tracer de nouvelles voies, repousser de nouvelles frontières, ouvrir le champ des possibles et redonner à nos concitoyens l’espoir.

Nous avons depuis longtemps cessé d’oser dire autre chose que ce que l’on croyait que l’on attendait de nous. Nous nous sommes souvent enfermé dans des querelles d’écurie oubliant le projet commun.

Sur le socle de nos valeurs immuables nous devons reconstruire un projet crédible et qui correspond à l’attente de nos concitoyens et à l’intérêt de notre pays. Le combat des chefs doit laisser la place au débat des idées.

 

Quelles sont ses valeurs ?

Nous les avons écrites ensembles il y a quelques années au moment de la constitution de l’UMP. Celui qui faisait la synthèse écrite de nos discussions était un jeune homme brillant qui s’appelait Laurent WAUQUIEZ.

Nous sommes pour une société de liberté de responsabilité et d’autorité. A propos de l’autorité, nous ne pensons pas que cela l’oppose à notre devoir d’humanité ou de fraternité.

L’autorité protège le faible et le vulnérable, elle établit l’ordre juste.

La France n’est pas coupable, comme je l’entends trop souvent, d’avoir par manque de solidarité fait basculer un certain nombre de nos jeunes dans la délinquance ou le terrorisme.

Si les gouvernements étaient coupables, c’est d’un manque d’autorité qui n’a pas protégé ses enfants.

Relisez la lettre de Camus à son instituteur Monsieur Germain, après avoir reçu le prix Nobel.

« Sans vous, sans  cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais…. rien de tout ça ne serait arrivé».

La main de la République doit être ferme et affectueuse pour permettre à chaque enfant de trouver l’égalité des chances auquel il a droit.

Quand on est faible ou pauvre, c’est l’autorité qui protège et le laxisme qui expose.

C’est la laïcité qui protège les femmes dans les quartiers et les enfants à l’école. Pascal dit avec clairvoyance « la force sans la justice, c’est la tyrannie mais la justice sans la force, c’est l’impuissance ».

L’humanisme est un combat contre l’intolérance, ce n’est pas la tolérance de l’intolérable.

La droite républicaine doit porter un projet humaniste et social. La droite doit-elle avoir honte de parler du social, elle qui a instauré la Sécurité sociale, le droit de vote à 18 ans, le droit à l’avortement, les bases des lois bioéthiques ou les lois sur le handicap ?

La droite peut être sociale et humaniste sans devenir le filet d’eau tiède du consensus mou.

 

L’enjeu européen est une des raisons de mon engagement. L’Europe est un sujet majeur pour les échéances électorales à venir et pour la France.

J’ai eu la chance de succéder à Laurent WAUQUIEZ au Ministère des Affaires Européennes, nous y avons mené la même politique.

Notre Ministre d’Etat s’appelait Alain JUPPE.

Notre Premier Ministre s’appelait François FILLON.

Notre Président s’appelait Nicolas SARKOZY.

Il n’y avait alors qu’une seule voix pour parler de l’Europe. C’était la voix de la France. Que disions-nous et que disons-nous encore aujourd’hui ?

Nous disions que nous voulions une Europe aux frontières sûres pour éviter les flux migratoires incontrôlés et reformer Schengen. La première semaine où Nicolas SARKOSY m’a nommé aux  Affaires Européennes, j’ai cité Régis DEBRAY dans « Eloge des Frontières ». Parlant de l’absence de frontières, il écrit « Et si c’était un leurre, une fuite, une lâcheté ? » « La frontière est ce qui donne du sens à l’autre et qui permet l’hospitalité envers l’autre. « Le mur interdit le passage, la frontière le régule »

Nous voulons arrêter l’élargissement sans fin d’une Europe sans projet et sommes opposés à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Nous n’avons pas varié sur ce point.

Nous voulons une Europe qui protège notre économie et empêche les produits étrangers de concurrencer déloyalement nos entreprises surtaxées et sur règlementées.

Personne à ce moment-là ne trouvait à redire à ce projet européen de bon sens.

A cette époque on ne vendait pas Alsthom à Siemens et on résistait à nos amis allemands quand les intérêts de la France étaient en jeu et pourtant les allemands eux-mêmes vantaient le couple « Merkosy ».

Depuis, nous avons vécu le Brexit, ces flux migratoires sans précédent et la bascule de certains pays de l’Est dans le populisme…. et il faudrait continuer la fuite en avant pour tuer définitivement le rêve européen des pères fondateurs ! Je crois à l’Europe des peuples et des Nations.

Entre les sorties de l’Euro de Madame LE PEN et l’Europe fédérale de Monsieur MACRON, il y a un juste milieu qui ne déplait pas au Centriste d’origine que je suis.

 

Notre combat c’est avant tout, ne l’oublions jamais, la France et les Français. D’où que nous venions, nous sommes les héritiers de ses paysages, de ses villes, de ses villages de ses remparts et de ses clochers.

Nous sommes les héritiers privilégiés d’une histoire qui a fait de nous ce que nous sommes, héritiers du « sacre de Reims » et héritiers de la « Fête de la Fédération ».

Nous sommes les héritiers de héros, d’artistes, d’écrivains et de savants, de leur talent et sacrifice.

Héritiers des Grecs qui nous ont appris le tragique de la vie et la démocratie et donc, l’égalité. De la chrétienté qui nous a enseigné l’amour de l’autre et donc la fraternité. Des philosophes des Lumières qui nous ont appris la liberté que nous avons exportée en Europe et dans le monde.

Oui, cet héritage est notre culture et j’ose dire notre identité culturelle. Nous sommes le peuple libre, rebelle qui permet à chacun de nous de dire avec fierté quelles que soient nos origines, nos religions, je suis Français. Et parce que je suis français, je porte au fond de moi une idée du bonheur, de la liberté, et de la fraternité.

J’ai, comme le disait le Général de Gaulle, une certaine idée de la France que je ne sacrifierai pas à une mondialisation financière. J’ai une certaine idée de l’Homme et de sa dignité à laquelle je ne renoncerai jamais, quels que soient la mode ou les sondages.

Je continuerai de penser que le ventre des femmes ne se loue pas, que les enfants ne sont pas à vendre et ne se commandent pas comme des marchandises sur internet. Je continuerai à défendre que notre dignité ne décline pas avec nos forces car elle est indissociable de notre humanité.

 

Voilà le débat que nous allons porter ensemble. Voilà l’aventure que Laurent WAUQUIEZ nous propose. Je m’engage à aider à construire avec vous un nouveau projet pour la République et pour la France.

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